La paix, la musique et la jeunesse

1Le concert qu’Oswald Sallaberger proposait dernièrement à la chapelle Corneille avec sa « Maison illuminée » s’ordonnançait autour de deux exigences qui illustrent – si on avait besoin d’en être convaincu – les complémentarités de pensées que la musique et la paix portent en elles en s’imprégnant d’exigences réciproques.

Rarement une programmation aura si bien démontré la volonté affichée de Sallaberger de mettre en présence des époques et des musiciens autour d’une notion commune.

En réunissant des éléments de factures parfois contrastées, il trace un itinéraire dont les méandres invisibles se rejoignent pour créer une unité intellectuelle et musicale qui fait tout le charme d’une démarche qui évite les pièges du patchwork.

C’est le cas, par exemple, avec le quatuor (devenu quintette) de Chostakovitch qui répond à la messe à trois voix de Caplet ou, d’une manière plus évidente encore, les sublimes Litanies à la vierge noire » de Poulenc qui prolongent en quelque sorte le « Fratres » d’Arvo Päert qui « voisine » si l’on peut dire avec le Barber.

Ce concert qui a démontré, une fois de plus, combien le grand vaisseau cornélien pouvait sans problème s’adapter à la musique de chambre, s’ouvrait sur le célébrissime adagio pour cordes de Samuel Barber dont le discours musical et le climat ne sont pas pas sans faire penser dans ses intentions au non moins célébrissime adagietto de la 5ème de Malher que Visconti immortalisa dans son « Mort à Venise ».

Autre compositeur et autre atmosphère avec celle, tendue et dramatique,de Chostakovitch et ce quintette dédié aux victimes de la seconde guerre mondiale. Sa richesse harmonique, sa violence et sa volubilité d’écriture furent admirablement mises en valeur par un quatuor d’exception composé de Cristina Vata, Claudine Christophe, Thibault Leroy, Antoine Sobczak et par Oswald Sallaberger qui affronta somptueusement les aspérités techniques de cette œuvre difficile et brillante.

Et puis, la « Maison illuminée » pour ce concert ouvrait grandes ses portes à la jeunesse, en l’occurrence les choristes de la Maîtrise de Saint-Evode qui interprétaient Poulenc (les « Litanies ») et André Caplet (la messe à trois voix). En écoutant ces jeunes gens perpétuer une tradition quasi millénaire et dont sont issus quelques éléments de la fine fleur musicale rouennaise comme Emmanuel Bondeville, Henri Beaucamp, Max Pinchard, Maurice Duruflé, Paul Paray, Marcel Dupré, André Cabourg et tant d’autres, on se prenait à penser que dans les rangs de ce bel ensemble dirigé par Loïc Barrois assisté de Monika Beuzelin se trouvaient peut-être ceux qui demain prendraient la relève de leurs illustres devanciers.
Mais pour l’heure le bonheur de chanter, la musicalité de leur interprétation, la qualité et la fraîcheur des timbres s’inscrivaient dans une réalité tangible : celle d’un enseignement de grande qualité et la volonté d’offrir à des jeunes la possibilité de s’initier, au chant choral mais aussi à une culture élargie tant au niveau de leurs voix que de leur esprit.

Poulenc et Caplet, même s’ils ont beaucoup écrit pour de jeunes timbres, ne sont pas des compositeurs complaisants. Leurs partitions, qui ont bien des points communs au niveau de l’écriture et des intentions spirituelles, réclament une grande capacité technique et vocale et aussi de réelles qualités d’interprétation et d’intériorité.

Dirigés par Loïc Barrois pour le Poulenc et par Oswwald Sallaberger pour le Caplet les jeunes chanteurs, tous issus des classes CHAM/ Musique du collège Sainte-Marie avec Muriel Pitte, ont fait preuve d’un professionnalisme déjà bien établi, d’une tenue vocale remarquable et ont assuré cette grande prestation avec une grande maîtrise

Et ce n’est pas une figure de style !

13 Mai 2017 , Rédigé par François Vicaire

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